La télévision espagnole
J’ai décidé d’écrire sur la télé espagnole, parce que je pense qu’on y trouve des choses plus ou moins intéressantes, et assez différentes de ce qu’on trouve sur les chaînes françaises. Et pour rappeler le bon (?) vieux temps où j’étais étudiant en France, et pour m’amuser un peu, je vais le faire en trois parties et trois sous-parties. Excusez pour l’absence de problématique…

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I/ Publicité
1- Fréquence
En Espagne, la publicité est omniprésente et extrêmement redondante. Par exemple, mettons qu’il y ait une publicité pour les yaourts Danonino (le genre de publicité tellement stupide que vous pensez ensuite appartenir à la classe supérieure de ceux qui ne sont pas concernés par le stupide serpent qui garde les stupides bananes dans son arbre stupide et qui ne veut pas les donner aux singes stupides qui poussent des cris stupides au sol…). Mettons ensuite que la publicité suivante soit encore pire : il s’agit de la pub pour la collection de papillons sous verre, dont vous pouvez vous procurer le premier exemplaire pour seulement 2 euros 95 auprès du vendeur du kiosque le plus proche, qui ne doit, entre nous, pas trop savoir quoi faire de tous les cadavres de papillons qui gisent sous platique, entassés dans son arrière boutique…A peine avez-vous encaisser le choc que la publicité suivante est…celle de Danonino, avec le serpent stupides, les bananes stupides et tout ce qui s’ensuit… La répétition de publicité, si elle est exaspérante, n’est pas une chose rare. Et encore, je ne vous parle pas de la pub pour le nouveau lave-vaisselle de chez Bosch…de toute façon elle est en japonnais.
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2- Pubs et sms
Ensuite, il y a aussi les pubs stupides qui ne concernent aucun produit concret : les jeux d’argent et les jeux sur téléphone portable. Vous savez, ce genre de jeu où on vous fait miroiter des merveilles (ou pas) à la seule condition d’envoyer un petit sms à un numéro de 4 chiffres, dont vous ne soupçonniez pas l’existence en vous réveillant ce matin. Par “merveilles”, j’entends : le dernier Sonic Démon, l’immortel Tétris ou l’irremplaçable PacMan enfin sur votre mobile ; ou carrément des sommes pouvant aller jusqu’à 45 000 euros chaque jour pendant un mois, ou bien des transactions curieuses d’hypothèques, “les vôtres ou celles de la personne de votre choix”. Le tout moyennant un sms à 2 euros et quelques.
Mais dites-moi…n’avez-vous pas dit qu’on était en état de crise financière gravissime ?
3- Pubs et émissions
Enfin, il y a le lien entre la publicité et les émissions. Avant et après chaque programme, série, film, reportage, zapping, téléshopping ou je ne sais quoi, il y a une pub dans un encadré de couleur variable. Avant une émission, c’est marqué “patrocina este programa” (sponsorise ce programme) ; et après “ha patrocinado este programa” (a sponsorisé ce programme).
Pendant les émissions, de temps en temps, il y a de la pub. Mais quand je dis “pendant”, c’est vraiment “pendant”, “en même temps”. Pour des annonces pas très intéresantes, comme par exemple une loterie, une petite banderole apparaît en haut ou en bas de l’écran et un texte défile. Mais pour des évènements plus “grands”, comme par exemple l’annonce du tout premier épisode, ou de la nouvelle saison, d’une série, la banderole prend des proportions considérables, allant jusqu’à cacher tout l’écran pendant quelques secondes !
Ce qu’il faut savoir en plus de ça, c’est que pendant une émission (cette fois, au sens “entre deux morceaux d’émission”), il y a de la pub quasiment toutes les 20 minutes. C’est de la propagande continue, plus qu’en France. Le pire, c’est pendant les films le soir : ils coupent les 5 dernières minutes, mettent 15 minutes de pub, remettent les minutes qui manquent pour la fin du film, et enchaînent avec le film suivant. Résultat, ceux qui n’ont pas la volonté nécessaire pour refuser ce lavage de cerveau restent campés dans leur fauteuil et regardent énormément de publicité pour peu de cinéma.
II/ Séries
1- Séries espagnoles
Autre phénomène de la télévision espagnole : les séries. A chaque jour sa série, sur chaque chaîne, ou presque. En voici quelques exemples.
Le dimanche, El Síndrome de Ulises, l’histoire d’un médecin d’une petite clinique à qui il arrive plein de choses aussi passionantes que l’accouchement de sa collègue dans une voiture, le hold-up organisé par le frère de son ex dans la banque de son pote, ou encore son déménagement.
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Lundi, c’est le jour de Física o Química, une série que je n’ai pu regarder qu’une fois, et encore, pas jusqu’au bout, parce qu’elle est presque à la limite du raisonnable : l’histoire se déroule dans un lycée bien pire que celui que j’ai connu, où tout le monde couche avec tout le monde, entre élèves, entre professeurs, ou entre élève et professeur. Mais rendez-vous compte : Ruth est la fille de la directrice, comment la prof d’anglais pourrait-elle la punir de son insolance en classe ? Et son meilleur ami qui couche avec la prof de philo (ahahah)…comment va-t-il prendre le fait qu’elle doit renoncer à lui pour conserver son poste ?
Mercredi : Los Hombres de Paco, qui parle d’un escadron de militaires peu orthodoxes.
Je ne sais plus quel jour, il y a aussi Escenas de Matrimonio, une émission où des rires pré-enregistrés vous dispense de faire l’effort de sourire aux bêtises que vous écoutez.
2- Séries américaines
L’Espagne n’échappe pas à l’asphyxiante présence américaine. Les séries américaines lambda, dont je ne me rappelle pas les noms, puisque je ne les regarde pas, ni en France ni ici, passent en général l’après-midi. Quelques soirs par semaine, une série américaine occupe la place du film du soir (un peu, si je me souviens bien, comme le samedi soir sur la 6, en France). Je crois que notre NCIS, ou quelque chose dans le genre, passe le vendredi soir, sous le nom américain NAVY-quelque chose ; et le dimanche, c’est le tour de Sexy Money, une série qui a commencé le week-end dernier, et qui raconte l’histoire de la famille la plus riche de New York, qui, vous vous en doutez, n’est constituée que de drogués mafieux peu scrupuleux.
Il y a aussi des dessins animés “pour grands”. Dans cette catégorie, on peut mettre les Simpsons. Mais il y a aussi Padres de Familia, très semblable aux Simpsons, avec des personnages qui ont tous les yeux parfaitement ronds, mais qui n’ont pas la peau jaune. C’est aussi une série (américaine) plus crues que les Simpsons, qui aborde des thèmes plus polémiques et qui n’hésite pas à utiliser des personnages comme les dirigeants américains ou des chanteurs connus dans le seul but de les tourner en ridicule de la pire manière (Ben Stiller se déplaçant à la manière de Dumbo, en volant avec ses oreilles démesurées, ou Georges W. Bush gardant jalousement ses photos où il pose avec “son grand ami” Ben Laden dans son ranch, au fin fond du Texas).
3- Séries cyniques et parodies
La télévision espagnole est pleine d’émissions, très polémiques, qui tournent en ridicule les personnalités en parodiant les informations “classiques”. Sur la 6 (la sexta), l’après-midi, c’est Se lo que hicisteis (“je sais ce que vous avez fait”). Six présentateurs se succèdent sur le plateau durant 2h, et passent des reportages très…dévergondés : par exemple, ils passent un clip des années 80, parfaitement désuet et plus que ridicule, avec un montage qui fait croire que la chanson est interprétée par Zapatero. Sans me rappeler exactement ni l’heure ni la chaîne, on trouve aussi El intermedio, El Hormiguero (“la fourmilière”, qui utilise des marionettes en forme de fourmi), Buenafuente (en direct de Barcelone).
Cela peut atteindre des proportions démesurées : ainsi, après avoir été prise pour cible, la 5 (Telecinco, qui, soit dit en passant, appartient à Berlusconi) a porté plainte contre la 4 (Cuatro) et la 6.
Ceux qui vont le plus loin sont, je pense, ¿ Xq no te callas ? et CQC. Le premier tire son nom de la célèbre phrase que le roi a adressé à Hugo Chavez : ¿ Por qué no te callas ? : “pourquoi tu ne la fermes pas ?”. Pendant l’émission, on passe une interview de quelqu’un de connu, qui dit quelque chose d’absurde, avec des effets spéciaux qui lui rajoutent des oreilles d’âne, des nez qui s’allongent ou encore des yeux qui lancent des rayons lasers sur le journaliste qui pose des questions incisives. Et à la fin de l’interview, le titre de l’émission s’inscrit en gros sur l’écran avec des sons ridicules, et une chupeta vient se planter dans la bouche de la personnalité dans un bruit de verre brisé. CQC, c’est-à-dire Caiga Quien Caiga, litérallement “tombe qui tombe”) est pire encore. Sa spécialité est d’envoyer des journalistes de choc interroger des personnalités très controversées. Dernièrement, el señor Fabra, presidente de la diputación de je ne sais plus quoi.
Je m’arrête quelques instants, pour dire que je pense faire un petit truc sur l’administration espagnole plus tard. En gros, en très gros, le presidente de la diputación est l’équivalent de celui qui est à la tête du conseil régionnal, en France.
Donc le señor Fabra : personnalité très influente, relativement puissante dans sa province, est fils, petit-fils, arrière petit-fils, etc. de presidentes de diputación. C’est ce qu’on pourrait appeler un mafieux. Il a été accusé d’avoir puisé sans modération dans le budget de la province pour ses propres besoins. Mais à cause de son rang, personne n’ose le lui faire remarquer. Sauf depuis la semaine dernière, ou des citoyens se sont associés pour porter plainte. Alors l’émission a envoyé une journaliste pour l’interroger : à un moment, la reporter dévergondée explique aux téléspectateurs que pour avoir toutes les chances de son côté, elle est armée de deux micros et d’un fer à cheval pour réaliser l’entretien. Elle entre ensuite dans le tribunal qui abrite sa victime, approche le malfaiteur à la sorite de son procès, et lui hurle à la figure “bonjour, acceptez-vous de répondre à quelques questions ? que pensez inventer pour vous en sortir ? pourquoi vous ne répondez pas ? est-ce parce que vous êtes coupable ?” etc. Finalement, elle se fait éjecter par les vigiles qui l’ont rattrappé et déplore l’inefficacité du fer à cheval.
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Un autre reportage qui m’a frappé a été celui ou un journaliste fou furieux avait voulu offrir des fleurs à Madonna, de passage à Madrid, dans sa chambre d’hôtel : mais il n’a jamais pu passer la porte d’entrée de l’hôtel en question, puisque les gardes du corps de la star lui sont litérallement tombés dessus, et il est reparti avec ses fleurs, des bleus et une vilaine plaie au front…
III/ Informations
1- Présentateurs et présentatrices
Le journal TV est présenté chaque midi (à 15h) et chaque soir (à 21h) par deux présentateurs, un homme et une femme. Traces de la parité, de la lutte contre l’image du macho espagnol, question purement pratique ? Quoiqu’il en soit, cela rend le JT (telediario) un peu ridicule : par exemple, le présentateur dit sur un ton indifférent “aujourd’hui, les pluies torrentielles ont causé à Valence la mort de trois personnes. N’est-ce pas Pilar ?” et la fille répond “Oui en effet Roberto, trois personnes sont décédées suite aux pluies torrentielles qui ont provoqué des innondations à Valence, etc.” Au moins on est sûr de ne rien louper, même si on s’endort devant les infos !
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2- Images chocantes et redondantes
Les images montrées pendant le JT espagnoles sont beaucoup plus crues que celles du JT français. Si on parle d’attentat mortel (parce qu’on parle toujours de choses dramatiques, et puis parce qu’en ce moment l’ETA se déchaîne) on ne se contente pas de montrer le cratère géant laissé par l’explosion de telle voiture piégée. Non. On montre aussi les images du transfert à l’hôpital de blessés couverts de sang, les traces de sang au sol laissées par la victime, on interroge des témoins qui ont vécu de près l’explosion et qui en gardent des cicatrices impressionantes, des brûlures chocantes et autres balafres sanguinolentes. Les corps des défunts ne font pas exception. Le tout à l’heure de manger.
Pendant que les présentateurs annoncent les mauvaises nouvelles, dans le fond de l’écran, des images défilent. Puis c’est le reportage : les mêmes images défilent, avec les commentaires du journaliste, plus ou moins semblables à ce que viennent de dire les présentateurs. En général, les images qui passent en boucle ont le temps de défiler deux fois. Et le soir, si on reparle de l’évènement, on repasse les mêmes images, avec cependant des commentaires différents. Si l’évènement est assez important, comme par exemple un attentat de l’ETA, les images défilent pendant une demi semaine, six fois par jour.
3- Sport
Les 20 dernières minutes de chaque JT sont exclusivement consacrées au sport. Juste avant, on envoie une petite pub dans un encadré, avec “patrocina los deportes” (“sponsorise les sports”). Puis un troisième présentateur fait son entrée devant l’écran et parle de sport.
Enfin…Il serait plus juste de dire qu’il parle de foot. Le foot occupe bien 17 minutes sur les 20 consacrées au sport. Deux fois par jour. Je pense que c’est pour cela que le foot est si important en Espagne. C’est un vrai phénomène de société. D’après ce que j’ai pu voir, ceux qui disent qu’ils n’aiment pas le foot, quand ils le disent, veulent juste dire qu’ils ne sont pour aucune équipe en particulier. Mais personne ne résiste à regarder, au moins quelques minutes, un des matchs qui passent chaque soir à la télé. Ne serais-ce que pour voir les résultats. Mais de toutes façons, les résultats sont annoncés pendant le journal télé du midi et du soir.
En plus des résultats, on y apprend aussi les derniers potins sur tel joueur de telle équipe, on voit tous les jours les joueurs dans leurs voitures, signer des autographes aux passants, on les voit monter dans leurs cars pour aller disputer une partie en soirée, et puis il y a une demi-douzaine d’interviews, de joueurs, d’arbitres, de fans et d’entraîneurs.
Voilà pour la télévision espagnole. Il y aurait certainement encore plein de choses à dire, mais j’ai fait le tour de ce que je voulais remarquer. Et puis, je ne pensais pas que ce serait si long, et je ne voudrais pas vous faire perdre une semaine à me lire ! Si vous voulez plus de précisions ou des exemples, vous pourrez, je pense, trouver des exemples sur YouTube ou DailyMotion.
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